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Les architectes du poulailler

10 % des Français et Françaises élèvent des poules logées dans des poulaillers achetés, bricolés, sophistiqués ou rafistolés. Aux quatre coins du Maine-et-Loire, rencontres et souvenirs autour de ces enclos vivants.

Texte et photographies de Benjamin Rullier

Quand je pense au mot « poulailler », c’est d’abord celui qu’avaient construit mes grands-parents qui me vient en tête. Des dizaines de milliers de poulets entassés dans un long bâtiment, soutenu par de simples poteaux de bois et couvert d’une toiture d’amiante. Pourtant, je ne l’ai jamais connu en activité. Avec mes cousins, on jouait au bowling, au ping-pong, à cache-cache, dans la poussière sèche de ce hangar vide qu’on a continué d’appeler « le poulailler » jusqu’à sa démolition.

Mes parents aussi ont construit le leur. Six poules le plus souvent, cinq aujourd’hui, et une récolte quotidienne d’œufs qui les nourrit, eux et leur entourage lorsque les paniers en osier débordent. Les pondeuses sont choyées sous un préau de fortune fait de piquets et de tôle, rehaussé d’un vieux rail de skate que j’ai abandonné après l’adolescence. Chaque jour, mon père ramasse les œufs, verse du blé dans les longues mangeoires et fume sa gitane en les regardant déguster les restes de quelques repas. Il connaît leurs préférences.

À Mozé-sur-Louet, Éric, lui, n’a plus de poules à qui donner ses épluchures. Depuis quelques semaines, il a même dû improviser un compost, installé à côté de l’enclos ombragé par un prunier sous lequel ses deux poules passaient alors leurs journées. Mais un matin, plus rien ne bougeait. Il ne restait que des plumes. Le coupable présumé : un renard qui a frappé ici comme chez les voisins, au milieu des champs de blé et des rangs de vigne d’où il nous observe peut-être encore.

Dans les environs, chacun protège ses volailles à sa manière. Chez l’un, l’abri est coiffé d’un véritable toit d’ardoise avec gouttière, conçu par son propriétaire, couvreur de métier. Chez un autre, un assemblage de planches et de portes de placard semble tout aussi efficace. Éric, lui, avait construit son installation « amateur » il y a dix ans, au moment de la retraite. C’est sa première attaque. Il avait pourtant pris ses précautions : grillage enterré, enclos sécurisé, sauf au niveau de la porte, « le point faible de la structure », reconnaît-il pragmatique. Il ne se démoralise pas. Dans quelque temps, il ira au marché, à quelques dizaines de kilomètres d’ici, trouver deux nouvelles pensionnaires.

À l’autre bout du Maine-et-Loire, cinq autres gallinacées portent des noms d’un autre registre : Sheila, Dalida, Nicoletta, Véronique et Davina. Elles vivent dans « Le Pavillon des cocottes », bâtiment flambant neuf de la Résidence Françoise-d’Andigné, à La Pommeraye. Jeanne Onillon et Odile Vincent, pensionnaires de l’Ehpad, aiment venir les cajoler. Les poules les replongent dans leurs souvenirs : Jeanne se rappelle son propre poulailler et son mari qui n’aimait pas les volailles et leur préférait la compagnie de ses vaches.

Des histoires anciennes, et d’autres qui commencent. Comme celle de Pascal et de son récent poulailler : spacieux, abrité, grillagé jusqu’au toit, installé au pied de son verger, avec une souche en guise de perchoir. C’est là que pose son fils, Léon, près du nid de paille où attendent deux œufs, pendant que les poules profitent d’une échappée dans leur espace d’herbe et de menthe. Peut-être que, dans quelques années, même après que les poules auront disparu, lui aussi continuera d’appeler cet espace « le poulailler ».

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