Trouver la place
Le photographe Benjamin Rullier a arpenté les places des communes rurales du Maine-et-Loire, lieux de passage, de rassemblement, de commerce et de sociabilité. Un tour d’instantanés de ces centres-bourgs déserts ou habités.
Écrit par : Benjamin Rullier
Publié le : 9 Mar, 2026
Monument aux morts, rue de Bellebranche, Écouflant © Benjamin Rullier
« Le samedi et le dimanche, tous les jeunes des environs tournaient dans les rues ou regardaient la télé dans les cafés. Les femmes du quartier remplissaient leur panier pour le dimanche dans les grandes alimentations du centre. » Quand Annie Ernaux raconte dans La Place en 1983 la vie et la mort de son père, paysan, ouvrier puis tenancier d’un café-épicerie dans le centre d’Yvetot en Normandie, elle dépeint un centre de commune vivant, reconstruit après la guerre.
Lieu de passage, de rassemblement, de commerce et de sociabilité, longtemps, la place de l’église ou de la mairie ont incarné ce cœur battant des communes rurales. Que reste-t-il de cette centralité ?
En janvier et février, sous la pluie et le vent du Maine-et-Loire, les places historiques sont désertées. Devant la mairie ou l’église, souvent fermées, peu de passants s’attardent. Les images d’Épinal d’anciens observant le va-et-vient depuis un banc semblent appartenir à un autre temps.
Dans certaines communes, le centre semble s’être déplacé et s’organise autour de bâtiments récents mêlant logements à l’étage et commerces en rez-de-chaussée : boulangerie, salon de coiffure, institut de beauté. Ailleurs, elle se structure en périphérie, près d’un axe routier ou d’une zone d’activité.
À Saint-Léger-des-Bois, à Pruniers ou à Marcé, un food truck attire chaque semaine ouvriers, salariés et familles. Stationné à des emplacements stratégiques et palliant une absence d’offre de restauration, il devient un point de rendez-vous régulier, sans pour autant s’inscrire dans la géographie traditionnelle du bourg. Dans d’autres villages, le restaurant ouvrier ou le bar-tabac font figure de véritable places publiques, remplissant à l’heure du déjeuner une fonction sociale autant qu’économique.
Aux Alleuds, l’Aloda accueille chaque midi une soixantaine de clients, artisans du bâtiment, salariés de passage et habitués. À la fois restaurant, bar et tabac, il rassemble aussi les locaux qui viennent le soir y boire un verre ou acheter un paquet de cigarette, se garant juste à côté, sur la place de l’église servant davantage de parking. À Saint-Martin-du-Fouilloux, un jeune restaurateur local de 26 ans a repris depuis janvier le restaurant Le Patio. Dans cette commune aussi, pas de marché hebdomadaire, peu d’animations structurées : c’est le commerce lui-même qui tient lieu d’agora.
Tour de département d’instantanés de places de communes, désertes ou habitées pour quelques instants à l’heure du déjeuner.
Le Central, Place de la Victoire, Varades © Benjamin Rullier
Devant l’église de Saint-Martin-du-Fouilloux © Benjamin Rullier
« Le midi, c’est quasiment plein tous les jours : on sert une soixantaine de personnes, surtout une clientèle ouvrière, des gars du bâtiment, des artisans. Il y a des fidèles mais aussi des gens de passage », raconte Raoul Bruno, propriétaire de l’Aloda depuis seize ans sur la grande rue passante des Alleuds, commune « un peu oubliée, pas très dynamique ». Une déviation du bourg est prévue qui pourrait impacter la fréquentation de son restaurant-café-tabac. « Personne ne sait vraiment me dire quand ni comment. On nous dit que c’est dans les clous… On attend. » L’Aloda, grande rue, Les Alleuds © Benjamin Rullier
Église d’Avrillé, esplanade de l’hôtel de ville © Benjamin Rullier
Place communale, rue de l’Église, Saint-Lambert-la-Potherie © Benjamin Rullier
« Ça fait quatre ou cinq ans qu’on vient à Saint-Léger-des-Bois le mercredi midi, raconte Nicolas Pecot, cogérant de L’Itinérant gourmand. On s’était installés ici parce qu’il y avait l’école le mercredi matin et que ça faisait venir des gens. Maintenant ça a changé mais il y a une clientèle régulière qui revient. On essaie de s’installer dans des lieux où il n’y a pas d’offres de restauration. Récemment, un Burger King s’est installé à Brissac-Quincé. On a fait le choix de ne plus y aller. » Le Food Truck L’Itinérant gourmand, à l’arrêt Mairie de Saint-Léger, Saint-Léger-des-bois © Benjamin Rullier
Le Patio, rue du Point du jour, Saint-Martin-du-Fouilloux © Benjamin Rullier
Place de la Mairie, Saint-Sylvain-d’Anjou © Benjamin Rullier
Place de l’Église, La Meignanne © Benjamin Rullier
Distributeur de pizza, place de l’Union, Notre-Dame-d’Allençon © Benjamin Rullier
Marché, place Salvador-Allende, Saint-Barthélémy-d’Anjou © Benjamin Rullier
Devant l’abbaye de Bouchemaine, Quai-de-la-Noë, Bouchemaine © Benjamin Rullier
La Pizza Sympa II, place Robert-le-Fort, Châteauneuf-sur-Sarthe © Benjamin Rullier
Le QG, avenue du Commerce, Sainte-Gemmes-sur-Loire © Benjamin Rullier
Place de l’Union, Notre-Dame-d’Allençon © Benjamin Rullier
Rural, un média qui dépend de vous !
Pour assurer son indépendance tant dans la sélection de sujets que de points de vue, Rural s’appuie sur ses lectrices et lecteurs. Chaque personne qui le souhaite peut donner au gré des récits et reportages pour soutenir notre travail. Si notre média et notre équipe existe, c’est grâce à vous. Un grand merci !

