« Silence Volcan », spectacle documentaire au pied d’une haie
Fragment – carnet de création #1. La prochaine création de la compagnie Brumes « Silence Volcan », avec Mathilde Monjanel, Céline Challet et Annie Langlois, démarre au pied d’une haie. Et nous plonge dans une histoire ancienne et peu racontée, celle du remembrement. Rural suivra leur travail, de leur résidence artistique jusqu’à leur spectacle.
Écrit par : Compagnie Brumes
Publié le : 4 mai 2026

© Céline Challet
« Silence Volcan » démarre au pied d’une haie. Une nuit, au milieu du printemps, sans qu’aucun mot ne soit prononcé, une haie de pommiers centenaires est arrachée. Au moment où Marie, vigneronne, découvre ces arbres au sol, les artistes de la compagnie Brumes sont là. La brutalité du silence et l’incompréhension qui entoure la scène les saisissent.
De là, elles remontent le fil d’une histoire ancienne et peu racontée, celle du remembrement. Se recompose alors en live un poème sonore documentaire et musical. Les voix de celles et ceux qu’elles ont rencontré·es se mêlent aux leurs, les archives de l’époque aux photographies de paysages fragmentés, les sons de machines aux synthétiseurs analogiques et aux chants…
À la manière dont on reméandre aujourd’hui les cours d’eau, « Silence Volcan » cherche à redessiner les bords perdus d’une histoire qui a plié à angle droit le paysage, le geste agricole, le lien à la terre et creusé le sillon d’une course sans fin.
Extrait de « Silence Volcan »
© Céline Challet
Rural nous invite à raconter, au fil de la création, comment ça chemine à l’intérieur.
Comment ça se construit, cette histoire…
Alors, on saisit l’invitation, et on tente de dire quelque chose de ce moment particulier, celui où on commence à dessiner les contours de notre « enquête sensible »,
celui de la mise en place du puzzle, du choix (donc du renoncement) dans un océan de possibles,
celui du vertige face à un sujet tentaculaire, complexe, aux si nombreuses portes d’entrée,
celui de la transformation d’un collectage de récits en spectacle.
Si on rembobine..
on a d’abord passé un an à venir, une semaine par mois au domaine de la Paonnerie, précisément là où se tenait en mars le lancement du journal.
Cette année-là, passée dans la vigne, dans les livres, articles et réflexions autour des problématiques du présent avec Marie, vigneronne, et Élodie, journaliste, nous a littéralement déplacées les unes les autres.
Après avoir écrit VIVANTES, au plus près de cette année traversée au domaine de la Paonnerie, c’est encore là que naît Silence Volcan.
Au pied d’une haie disparue sur une parcelle de Marie.
Et cette fois c’est dans le silence que l’on plonge.
Celui où les mots manquent,
parce qu’ils ne sont pas sortis du fond du corps,
parce qu’ils n’ont pas été écoutés, pris en compte,
parce qu’ils ne traversent plus les bords des parcelles, poussées toujours plus loin à l’horizon.
© Céline Challet
« On a ouvert le paysage »
dit Roger, ancien agriculteur qui a vécu le remembrement en tant qu’aide familial enfant auprès de son père, puis sur sa ferme à lui, et a participé, plus tard en tant que maire, à des commissions pour protéger les haies et le bocage…
Au moment où on démarre cette nouvelle recherche, la compagnie est invitée à cheminer auprès du Kiosque en Mayenne pour deux saisons, alors c’est là qu’on sillonne le bord des parcelles avec nos micros et appareils photos.
Là qu’on écoute les souvenirs des paysages et des vies collectives qui remontent à la surface.
Là qu’on comprend petit à petit l’ampleur du silence et avec lui :
la violence des blessures passées et l’isolement auquel elles ont fait place,
la violence de l’arrachement d’une culture au-delà des arbres et des talus,
la violence d’une modernisation qui mène aujourd’hui à une érosion généralisée du vivant, à marche forcée.
Aujourd’hui, après une saison de rencontres et de recherches, on remet en perspective les témoignages qu’on nous a livrés, avec les lois et décrets qui les ont accompagnés, cadrés, impulsés.
On reprend le fil des décisions d’état depuis l’après-guerre, de la création de la PAC à l’ouverture toujours plus large des marchés,
On reconvoque des archives, témoignages et connaissances oubliées des années 60, 70…
© Céline Challet
« Réparer les récits »
Cette phrase de Rural résonne fort avec ce futur spectacle, et avec le travail de Brumes de façon générale…
Nous pensons, comme Valérie Jousseaume, qu’il est temps de recollectiviser les mémoires arrachées par la modernité. Chez celles et ceux qui racontent, comme pour celles et ceux qui écoutent, ce que provoque la mise en circulation de ces mots est palpable.
La brutalité de cette violence qui a tout transformé en deux générations, nous a toutes et tous impacté·es d’une manière ou d’une autre, nous avons besoin de ces mots pour comprendre ce qui est arrivé et appréhender collectivement ce qui vient…
Alors on construit au fil des jours, en musique, photos, voix et textes, les multiples facettes de ce récit pluriel.
Aujourd’hui on vous partage un fragment sonore et quelques photos,
affaire à suivre…
Silence Volcan – Création à venir – Octobre 2026
De et avec Céline Challet, Annie Langlois et Mathilde Monjanel / Réalisation sonore et textes – Mathilde Monjanel / Musique live – Céline Challet et Annie Langlois / Photographies – Céline Challet / Dramaturgie – Maya Boquet / Regard extérieur – Louise Hochet / Scénographie – Max Seveno / Chargée d’administration – Clémence Chaumont / Accompagnement production et diffusion – Nicolas Cohu – Curios / Production – Cie Brumes // Coproductions – MIXT – terrain d’arts en Loire Atlantique, le Kiosque – Mayenne, Bain Public – St-Nazaire, Animakt – Sault les chartreux, Pronomades – CNAREP d’Encausse les thermes, les Quinconces – Scène Nationale du Mans, ALAREP – CNAREP Association Lavaloise des Arts de la rue et de l’espace public, ENSA – École d’architecture Nantes Université // avec le soutien de la Ville de Nantes, du département de Loire Atlantique, de la DRAC Pays de la Loire/ La compagnie Brumes est orchestrée par Louise Hochet et Mathilde Monjanel https://ciebrumes.cargo.site/
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