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En Centre-Bretagne, 50 choristes partagent joie et sororité dans les campagnes

Chaque semaine, elles se retrouvent pour répéter à la ferme dans la commune du Mené dans les Côtes-d’Armor. Les Moniqu’hard, une chorale composée uniquement de femmes, fête ses dix ans d’existence. Une décennie à égayer les ruralités bretonnes.

Écrit par : Manon Boquen

Publié le : 12 mai 2026

Marie-Amélie Vivier entraîne les choristes avant le début du concert. © Manon Boquen

« C’est l’heure, c’est l’heure ! » Paillettes et jupes à fleurs s’agitent dans les coulisses de la salle Mosaïque, à Collinée, l’une des communes déléguées du Mené (Côtes-d’Armor), en plein cœur de la Bretagne terrienne. 20 heures vont bientôt sonner, le temps d’entrer en scène pour les Moniqu’hard.

Ce soir d’avril bizarrement chaud, c’est un concert pas comme les autres qui s’annonce pour la chorale de cinquante femmes reconnaissables à leurs tenues aux couleurs vives. Les Monique, comme on les surnomme, fêtent leurs dix ans et, dans le brouhaha des lieux où l’on manque de chaises pour asseoir tout le monde, on les attend de pied ferme.

« Quand j’ai démarré, j’avais peur de rentrer sur scène », se souvient Sylvie Poisson, récente recrue du chœur, infirmière au civil et sans expérience de chant auparavant. « J’ai très vite ressenti la force du groupe, elle m’a portée ! »

La séance de maquillage se termine pour les Moniqu’hard, il est bientôt temps de monter sur scène. © Manon Boquen

 

D’une vision artistique à un espace pour les femmes

Cela faisait près dix ans que la choriste de 53 printemps attendait d’intégrer cet ensemble vocal très couru, né au Mené, dans les monts et les vallées de la Bretagne centrale. Des problèmes familiaux l’en ont longtemps empêchée, mais, aujourd’hui, Sylvie Poisson et ses yeux bleu-clair n’en perdent pas une miette. « Nous portons des valeurs communes, la solidarité, l’envie de faire corps ensemble », décrit celle qui n’a jamais vu le milieu rural comme un obstacle à la vie culturelle « au contraire, il y a plein de choses qui se font et plein d’artistes locaux ! »

L’histoire des Moniqu’hard le prouve. Une douzaine de femmes de ce territoire costarmoricain ont souhaité, il y a dix ans, lancer une chorale près de chez elles. Elles ont fait appel à Marie-Amélie Vivier, en formation de direction de chœur à Rennes pour les accompagner. « Je me cherchais un peu à ce moment-là », admet la trentenaire à l’enthousiasme débordant, dont un des mantras est l’ouverture à toutes les voix, peu importe les expériences.

Coup de chance ou du destin, les parents de Marie-Amélie possèdent une ferme au Mené, la Grange aux abeilles. C’est là que chaque dimanche, les Monique – nom dont l’étymologie reste secrète – se retrouvent pour répéter depuis les débuts à douze, et maintenant à plus de cinquante. « Le nombre fait la force », affirme la cheffe de chœur au timbre fluet, qui a réuni, pour ce faire, uniquement des femmes autour d’elle. « Un choix artistique au départ, pour les voix, pour l’harmonie », précise Marie-Amélie Vivier, mais qui a vite trouvé un autre écho auprès de ses membres. « On s’est rendu compte que c’est devenu un espace pour les femmes, dans lequel on se sent en sécurité. »

Des débuts à douze, les Moniqu’hard sont maintenant plus de 50. Les places pour intégrer la chorale valent cher. © Manon Boquen

 

Ensemble devant et derrière la scène

Tout au long de la soirée endiablée, un mot revient ainsi sans cesse dans la bouche des Monique : la sororité. Une solidarité qu’elles partagent en chantant sans s’affirmer féministes néanmoins. « Cette connexion, je ne la retrouve pas ailleurs », décrit Sylvie Silvert, professeure retraitée membre de plusieurs chorales dans les environs. Avec d’autres Monique, la menue sexagénaire covoiture jusqu’à la Grange aux abeilles les dimanches. « C’est notre moment pour parler de tout, avant les répétitions où l’on n’a pas trop le temps de papoter. »

Le soir du concert, cet esprit d’entraide et de soutien se perçoit différemment. Accolades ou gros câlins ici, quelques postures de yoga avant le grand saut là, quand soudain l’une d’elles pousse un cri pour encourager toute l’équipe : il faut y aller ! Et dans la salle bondée, les voilà qui entonnent un air venu de Turquie invitant les femmes kurdes à se battre, puis qui chantent avec émotion le poème de Jacqueline Rebours, native du Mené et qui a été élevée en langue gallèse auprès de ses grands-parents. « Nous dédions ce chant à tous les enfants que l’on a contraints à oublier leur langue maternelle », avance le chœur devant un public conquis. « Les Moniqu’hard, c’est une bulle », pense Isabelle Chevé, l’une des pionnières du groupe qui pousse la voix dans toutes les langues. « Un endroit où partager des choses que l’on ne peut pas forcément partager autour de nous, surtout vu ce qu’il se passe dans le monde en ce moment. »

Les Monique se voient souvent comme des fleurs qui essaiment dans les campagnes, et elles portent d’ailleurs ses couleurs dans leurs tenues. © Manon Boquen

 

De la joie en ruralité

Ce tempérament frondeur et « foufou » dixit Élise, une des « anciennes », essaime les campagnes bretonnes. Et de Plessala à Trébry, de Saint-André-des-Eaux à Mauron, les Moniqu’hard sillonnent la région, leur savoir-faire aiguisé au fil des concerts, des clips et des CD enregistrés par leur soin. « Ce qui hyper important et politique pour moi, c’est la joie », détaille la cheffe de chœur Marie-Amélie Vivier en décrivant cet état d’esprit comme un acte de résistance.

« C’est du pllézi, du pllézi, du pllézi [plaisir, NDLR] », commente non loin de là Régine Berruyer en langue gallèse. La choriste aux cheveux frisés et aux taches de rousseur est une des initiatrices du projet de chœur, en plus de tenir un sympathique bar dans la commune voisine de Moncontour. Tout en savourant le chemin parcouru, elle l’assure : « On est fières de faire ça à la campagne ! » Un exemple qui inspire par-delà les frontières du Mené. « Je reçois des propositions pour être cheffe de chœur sans cesse », remarque Marie-Amélie Vivier, en nage au sortir du concert. Un métier d’avenir, promet-elle, et qui l’emmènera peut-être vers d’autres contrées. En attendant, les danseurs et danseuses virevoltent sur la piste laissée par les Moniqu’hard. La soirée ne fait que commencer.

Pour leurs dix ans, les Monique offrent un canon au public venu nombreux pour les écouter chanter. © Manon Boquen

La cheffe de choeur Marie-Amélie Vivier fait partie de la renommée de la chorale, son enthousiasme débordant se transmettant sur scène. © Manon Boquen

Sous les indications de Marie-Amélie Vivier, les choristes entonnent des airs venus de Galice, de Turquie ou des Balkans. © Manon Boquen

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© Benjamin Rullier

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