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Dans le Morbihan, des marmites et des casseroles pour rompre l’isolement

Depuis trois ans, l’équipe des Cuisiniers solidaires sillonne la campagne bretonne pour proposer des ateliers en milieu rural. L’occasion de préparer un repas ensemble et de créer du lien là où il se délite.

Écrit par : Manon Boquen

Publié le : 5 juillet 2026

C’est parti, les röstis peuvent cuire sur la plancha fournie par les Cuisiniers solidaires © Manon Boquen

« C’est un peu fade, non ? » Marine s’interroge, un saladier de pesto de blettes tout juste terminé entre les mains. « Non, c’est parfait », sourit Allison, qui l’épaulait pour assaisonner le mets. Il y a deux heures, toutes deux ne se connaissaient pas. Mais la venue des Cuisiniers solidaires cet après-midi de juin à la ferme maraîchère Envol 56, dans la campagne de Malansac (Morbihan), les a réunies. La première, stagiaire de l’association née à Vannes, et la deuxième, salariée en insertion sur l’exploitation agricole, savourent un moment partagé autour des fourneaux.

Dans le groupe, tout le monde s’affaire à préparer les côtes de blettes. © Manon Boquen

Depuis 2023, les Cuisiniers solidaires – une association née en 2015 dans un quartier populaire et qui souhaite sensibiliser au bien manger à travers la confection de plats à partir d’invendus bio locaux – a développé ses animations en milieu rural, dans le Morbihan. La « Cuisine en vadrouille », comme elle s’appelle, parcourt tout le territoire, de Grand-Champ à Ambon, pour donner des temps pour concocter des repas en commun. « Notre volonté est de lutter contre l’isolement et la précarité alimentaire », explique Eva Joubel, la salariée de l’organisation en charge du projet, toujours un œil sur ce qu’il se passe autour d’elle.

Les animations, proposées aux communes, sont gratuites, financées en grande partie par le fonds Leader européen. Et ce mardi, sur la proposition du centre social de Limerzel avec qui la Cuisine en vadrouille collabore depuis déjà un bout de temps et qu’elle retrouve une fois par mois, l’association vient pour la première fois dans la ferme bio nichée au-dessus d’un plan d’eau. Une dizaine de salarié·es maraîcher·es en insertion et presque autant de bénéficiaires du centre social participent à l’activité.

La cuisine mobile est l’élément phare de l’installation. © Manon Boquen

Tout le monde peut apporter à l’autre

« Qu’est-ce que vous aimeriez cuisiner ? » Eva Joubel a réuni le groupe autour des paniers de denrées à utiliser pendant l’après-midi avec, pour une fois, la possibilité de récupérer des légumes directement de la ferme, en plus de trouver une vie aux invendus sucrés qu’elle a ramenés pour le goûter. Un brin de timidité s’empare de l’assemblée. « Et pourquoi pas des röstis ? J’en fais parfois chez moi », avance l’un des participants.

Ici, le menu se fabrique ensemble. « C’est un des prérequis les plus importants, on a tous à apprendre les uns des autres et je n’impose jamais mes recettes », commente Eva Joubel, qui, avec sa formation de travailleuse sociale, dit croire énormément aux principes de l’éducation populaire. Un autre de ses objectifs vise à fidéliser ce public rural et précaire, difficile à toucher, et à travailler sur le temps long avec les participant·es sur la question de l’alimentation : « Pour cela, je veille à ce que tout le monde ait quelque chose à faire durant l’animation, que chacun y trouve sa place. »

La préparation est propice à la discussion, on se partage des conseils et des recettes au gré de la conversation. © Manon Boquen

Pour cette fois, les personnes présentes ont donc choisi : ce sera pesto de blettes, poêlée de légumes, röstis, compote de pommes et brioche perdue. Des groupes se composent pour s’adonner aux différentes tâches. Johanna, salariée en insertion à Envol 56, s’empare des blettes pour les laver à grandes eaux. « Je cuisine un peu à la maison, surtout les desserts, même si j’ai perdu le goût de le faire avec la dépression que j’ai traversée », explique l’ancienne aide-soignante en reconversion.

Elle en a pourtant des recettes et des anecdotes à partager au groupe qui l’accompagne : ses fameuses tartes au citron meringué qui ont fait sa renommée auprès de ses collègues, son aïoli si apprécié par ces deux petites filles… La nourriture engendre rapidement des conversations entre celles et ceux qui ne s’étaient jamais rencontré·es. Elle les invite à partager des astuces, à savoir comment utiliser les ingrédients les plus proches de chez eux, en l’occurrence ici, ceux de la ferme.

Pallier la précarité alimentaire

Devant les fourneaux de la cuisine mobile, transportable dans le camion des Cuisiniers solidaires, tout comme une panoplie d’ustensiles, Maryse et Jean-Michel papotent ainsi en surveillant la cuisson des légumes. Le récent habitant de Limerzel raconte ses travaux dans sa nouvelle maison et confesse « avoir toujours rêvé d’être pâtissier, mais si je ne cuisine pas trop quand je suis tout seul ».

Maryse, bénévole de l’association et retraitée, témoigne de difficultés similaires, après avoir perdu son mari. « Et pourtant, j’ai cuisiné avec cinq enfants ! » Alors, la sexagénaire apprécie de venir apporter un coup de main à la Cuisine en vadrouille parce que « la cuisine, c’est une convivialité qu’on ne retrouve pas ailleurs ». Celle qui exerçait dans le domaine des transports raconte même s’être mise au bio récemment, « mieux vaut tard que jamais ».

Les Cuisiniers solidaires récupèrent des invendus de magasins bio pour les proposer à cuisiner. © Manon Boquen

Tout en participant à la cuisson de la compote, Aurélie Bréger, animatrice au centre social de Limerzel, se réjouit des échanges et des perspectives permises par la rencontre. « On travaille sur un projet d’alimentation depuis 2024 et, notre constat, c’est que notre territoire souffre d’une précarité alimentaire élevée », avance-t-elle. Pour remédier à ces difficultés à se nourrir et à se nourrir avec des aliments de qualité, la communauté de communes de Questembert, où se trouve Malansac, souhaite mettre en place un potager partagé et des paniers solidaires en plus des ateliers cuisine « qui fonctionnent très bien » et qui mettent un premier pied à l’étrier pour les personnes présentes.

Les effluves de compote et de poêlée envahissent l’atmosphère, les röstis rôtissent sur la plancha et Francis, salarié sur le chantier d’insertion, propose même un tour de la ferme aux bénéficiaires du centre social en attendant la dégustation. La préparation a montré qu’en quelques coups de main, on pouvait préparer un joyeux festin. Et une chose est sûre déjà pour les gourmand·es qui devancent les plaques de cuisson : « Ça sent bon. »

C’est parti, les röstis peuvent cuire sur la plancha fournie par les Cuisiniers solidaires. © Manon Boquen

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© Benjamin Rullier

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