Dans le Finistère, Fourches franchit de nouveau les barrières politiques avec son spectacle « Silence dans les champs »
En plein cœur Bretagne, les musiques actuelles vibrent contre l’agro-industrie. Fourches, jeune formation acoustique, produit un spectacle documentaire inspiré par les méthodes d’entretiens de Nicolas Legendre, le journaliste récompensé pour son travail d’enquête par le prix Albert Londres, au cœur des exploitations agricoles.
Écrit par : Élodie Louchez
Publié le : 5 mai 2026

Arnaud Kermarrec-Tortorici, Antoine Pasqualini et François Joncour du groupe Fourches ©Elisabeth Kermarrec Tortorici
Les fourches se dressent toujours en temps de révolte. Et l’une d’entre elle pointe son nez sur la rade de Brest depuis bientôt quatre ans en maniant le langage musical pour partition de la colère, celle des champs qui grondent et dont parle notre confrère multiprimé Nicolas Legendre depuis son ouvrage-enquête sur l’agro-industrie, Silence dans les champs.
En lui empruntant le nom de l’ouvrage pour leur spectacle, Fourches, groupe porté par trois musiciens animés du même tempérament contre l’agro-industrie et les empoisonneurs de première zone, ont réussi à produire un spectacle documentaire singulier, mêlant sur la forme musique, sons, vidéos et paroles autour de l’ouvrage du journaliste enquêteur.
Nourris de leur expérience en BD, ils décident d’enfoncer le clou
Antoine Pasqualini (Monolithe Noir), Arnaud Kermarrec-Tortorici (Mnemotechnic), François Joncour (Poing) avaient déjà « commis » un premier spectacle du même acabit autour de la BD Algues vertes, ouvrage et enquête d’Inès Léraud et Pierre Van Hove. Et les conditions dans lesquelles s’était déroulée cette première tentative furent à la fois épiques et réussies pour la visibilisation de la cause écologique.
« On a tourné pendant trois ans avec ce spectacle, nous livre Arnaud Kermarrec-Tortorici. On a eu de très bons retours des spectateurs et dans le même temps, des freins des salles et un silence montant progressivement de leur part. La silenciation s’est mise en place comme on s’y attendait. »
Le spectacle a ainsi connu des interdictions de se produire tant les propos du livre mis en scène bousculait l’ordre établi. Le plus parlant fut lorsque l’agglomération de Dinan annula leur venue sans raison claire, alors que la baie de la Fresnaye, non loin, était clairement dans le viseur des problématiques liées aux algues vertes.
© Fourches
Avec « Violence dans les Champs », le même dispositif
Alors aujourd’hui, en élaborant un spectacle musical hybride mettant en lumière la parole des paysannes et paysans et en restituant la violence vécue par le système et la logique agro-industrielle principalement en Finistère, le groupe sait où il met les pieds.
« Les choses évoluent à une vitesse dingue dans le paysage socio-culturel, souligne Arnaud Kermarrec-Tortorici, et on a beaucoup moins de propositions. C’est sans compter sur un contexte où le backlash [retour de bâton, ndlr] écologique est très important et les fragilités du secteur énormes. Beaucoup de compagnies ferment leurs portes et les programmateurs deviennent fatalement plus frileux pour accompagner les projets alternatifs comme le nôtre. »
Et pourtant, le spectacle, en portant sur un recueil documentaire précis pointe du doigt avec vigueur ce que tant d’associations ont du mal à faire sortir dans la parole publique.
« À partir du moment où vous vous affranchissez de la culture mainstream, vous êtes et faites exister la contre-culture, celle qui doit plaider librement ses sujets, pointe Arnaud, habitué à la fragilité financière mais aussi à son agilité. C’est ainsi que l’on conçoit les choses et c’est la raison pour laquelle on ne s’empêche rien. »
Fourches © Jean-François Glinec
Amener la sphère politique dans les salles de spectacle
Mieux que cela même, le groupe, dans son existence propre et afin de sortir de sa bulle de confort politique, souhaite aller là où il est entendu – mais pas que – et provoquer du débat partout où il le peut. Ce fut déjà le cas, avec force, passion et engouement, pour les premières dates jouées en début d’année en Mayenne et en Ille-et-Vilaine.
« On questionne un système avec cette production intensive, martèle Arnaud, et il est assez passionnant de regarder les réactions de chacun, de voir que cela vous échappe pour faire société. C’est tout ce que l’on recherche en définitive. »
Violence dans les champs prend donc ses racines dans les fermes et les lieux alternatifs tant que dans les festivals estivaux où ils rencontreront sûrement des convaincu·es à leur cause mais aussi toutes celles et ceux qui se questionnent sur leur avenir écologique et leur santé.
Prochaines dates :
15 mai Crozon – Ty Skol Saint Hernot
21 mai Morlaix – SEW La Salamandre
12 juin Brest – Mac Orlan
20 juin St Urbain – Ferme de Trevarn
28 juin Châteaulin – Run Ar Puñs
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