À Sainte-Pazanne, une « Maison citoyenne » pour créer du lien social
Dans cette commune au cœur du pays de Retz, entre Nantes et le littoral atlantique, un lieu atypique a vu le jour grâce à la volonté de plusieurs personnes et de la mairie de soutenir les activités réalisées par et pour les habitantes et habitants.
Écrit par : Mathilde Doiezie
Publié le : 9 mars 2026

Les bâtiments de l’ancienne école publique ont repris vie à Sainte-Pazanne sous l’impulsion d’un groupe d’habitantes et d’habitants. © Mathilde Doiezie
Dans le cœur du bourg de Sainte-Pazanne, deux boulangeries se font face, que certains habitants et habitantes des alentours envient à la commune. Quelques mètres plus loin, sur la route principale, le nom d’une enseigne intrigue : « Maison citoyenne », annonce-t-elle.
Sur un mur, un panneau rappelle que les locaux sont ceux de l’ancienne école publique, où a officié l’un des pionniers de la pédagogie Freinet. Juste à côté, une porte indique à son tour « Café citoyen », avec un planning mensuel bien dense accroché dessus.
Parmi les rendez-vous réguliers : des soirées jeux de société, des ateliers de création, des soirées documentaires, des apéros en langues étrangères, des ateliers de réparation, du yoga parents-enfants, des concerts… Ainsi qu’un atelier confection de gâteaux chaque mercredi matin, animé par Charlène Lemarioux, salariée du lieu.
Dans l’ancien réfectoire, Alix et Iris – 4 ans et « 3 ans et demi » – cadrent justement leur concentration sur des cuillères de farine bombées et des œufs à casser. Leurs gâteaux seront vendus l’après-midi au café.
« Il manquait un endroit pour se retrouver, pour discuter. »
Christelle Lachaume
Cofondatrice de la Maison citoyenne
Pendant une vingtaine d’années, les bâtiments de l’ancienne école publique ont été désertés, ou presque. Des associations profitaient de temps à autre de quelques salles mises à disposition, mais l’ensemble était dans son jus, sans nouvel âme. Jusqu’à ce que ce lieu reprenne vraiment vie en 2023, sous l’impulsion d’un groupe d’habitantes et d’habitants et de la mairie.
Christelle Lachaume a contribué à l’émergence de la Maison citoyenne. Cette comédienne aux yeux bleus cernés de crayon noir habite depuis onze ans à Sainte-Pazanne. Avec Hélène Rouvier, alors salariée d’un magasin bio, elles ont eu envie juste après l’épidémie de Covid-19 de créer un nouveau lieu de sociabilité, comme un café associatif.
« Nous avions bien des associations sportives ou de parents d’élèves, mais il manquait un endroit pour se retrouver, pour discuter. Nous souhaitions que les habitants s’approprient davantage la commune et que Sainte-Pazanne ne finisse pas comme une cité-dortoir », retrace-t-elle.
La sociologie de la commune a en effet beaucoup changé. Située à trente minutes de Nantes en voiture, possédant l’atout d’une gare, Sainte-Pazanne a accueilli de nombreuses familles nantaises au cours des deux dernières décennies. Son nombre d’habitantes et habitants a plus que doublé : il est passé de 3 000 au début des années 1990 à plus de 7 000 depuis 2020. Ancien bourg rural, Sainte-Pazanne est devenue une « petite ville » de campagne.
L’envie de Christelle Lachaume et d’Hélène Rouvier a rencontré une idée déjà portée par la mairie. « Depuis longtemps, nous essayions avec l’équipe municipale de nous ouvrir à la participation citoyenne », retrace Bernard Morilleau, maire (divers droite puis divers gauche) de la commune de 2005 à 2023.
Juste après les manifestations des Gilets jaunes, la municipalité a pris part au grand débat national en organisant des réunions publiques au cours desquelles de « nombreuses discussions ont tourné autour de la citoyenneté et des moyens de créer des lieux de rencontre dynamiques ».
Alors, dans le programme pour sa réélection en 2020, le maire et son équipe ont évoqué l’idée d’une « Maison citoyenne » dans les anciens locaux de l’école, « sans en définir davantage les contours, pour laisser une équipe de citoyens motivés y réfléchir ».
Une consultation auprès des habitantes et habitants
Une consultation sur le sujet a été lancée avec des habitantes et habitants en 2021. Plus de 90 personnes ont contribué au début, puis un noyau dur de six membres – dont faisaient toujours partie Christelle Lachaume et Hélène Rouvier – a vraiment participé à l’ensemble des réunions pendant deux ans. L’association gestionnaire des lieux, baptisée L’Élémentaire en clin d’œil à l’ancienne école, est née.
Pour mettre sur pied ce nouveau lieu, la commune a bénéficié du soutien du programme « Petites villes de demain » visant à revitaliser les centres-bourgs. La mairie a aussi pris en charge certains travaux. Puis la Maison citoyenne a obtenu un agrément « espace de vie sociale » de la part de la CAF, pour favoriser l’émergence de lieux visant à renforcer les liens sociaux et les solidarités. Il en existe 1 800 dans toute la France.
Ces soutiens et ce temps d’élaboration ont permis de cadrer les valeurs : créer un espace de vie « pour et par les habitant·es », mettre en place une gouvernance non pyramidale avec six coprésidentes et coprésidents et des commissions ouvertes aux bénévoles, accueillir toutes les générations et, surtout, que les activités proposées permettent de créer du lien.
Pas de politique au sens politicienne ici. La seule qui vaille c’est de « s’impliquer dans la cité », décrit Christelle Lachaume. « À partir du moment où tu passes la porte, peu importe tes convictions ou ta religion, tu es bienvenu·e. »
Cet espace est aussi un lieu de détente pour ces aidants de la commune voisine de Machecoul. © Mathilde Doiezie
En avril 2023, la Maison citoyenne a été inaugurée. Trois ans plus tard, le lieu semble remplir ses promesses. L’an dernier, plus de 3 000 participantes et participants ont pris part à plus de 460 ateliers et divers événements ont réuni jusqu’à 2 000 personnes.
L’association compte désormais plus de 400 adhérents. Et plus de 90 % des actions ont été proposées par des habitantes et habitants, tandis que deux salariées – équivalent 1,4 temps plein – coordonnent l’ensemble.
La Maison citoyenne continue de tisser des liens. Éline, qui accompagne son fils Alix à faire des gâteaux, participe ainsi pour la première fois à une activité, alors qu’elle n’habite qu’à cinq minutes à pied. Elle confesse qu’elle ne prenait pas trop le temps de « regarder ce qui se fait dans la commune ».
L’après-midi, elle est déjà de retour pour déguster le goûter offert à Alix dans le café. À côté d’elle, deux femmes jouent avec leurs enfants, avant d’aller découvrir la « salle sensorielle », avec son ambiance douce et lumineuse.
Tandis que Jacques, Martial, Étienne et Régis, tentent de se rappeler des règles de la belote pour se détendre après avoir assuré leur rôle d’ « aidant », chacun auprès d’une proche, dans la commune voisine de Machecoul.
Encore beaucoup à imaginer
« Lors de l’inauguration, nous avions imaginé à quoi ressemblerait l’endroit dans dix ans. En fait, on y est déjà », se réjouit Christelle Lachaume. Même si elle reconnaît qu’il y a encore plein de choses à imaginer et plus de moyens à mettre sur la communication pour que tous les Pazennaises et Pazennais franchissent la porte.
Mi-février, le conseil d’administration de l’association a convié les quatre listes (oui, quatre !) ayant annoncé leur participation aux élections municipales. Bien que certaines têtes de liste affichaient une réticence vis-à-vis de la Maison citoyenne – comme le candidat annoncé (non officialisé) sans étiquette Jérémy Blanctel, qui assume sa proximité avec certaines figures d’extrême droite – toutes ont assuré du renouvellement de leur soutien en cas de victoire.
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© Benjamin Rullier
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