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En Ille-et-Vilaine, la success story du théâtre amateur

L’intrigue. Voilà quatre ans que Pauline s’est laissée embarquer dans une troupe de théâtre amateur : L’Arrache Rire, ancrée à Pancé en Ille-et-Vilaine depuis plus de quarante ans. Au fil des saisons, des salles combles et des retours (très) enthousiastes du public, elle s’est interrogée sur les raisons du succès de cette troupe, et d’autres du territoire. Une pièce en plusieurs actes, entre besoin d’évasion, demande culturelle et tradition, portée par un rôle social qui dépasse la scène.

Écrit par : Pauline Roussel

Publié le : 3 juin 2026

© Pauline Roussel

Le théâtre est né en Grèce Antique, à Athènes. Les pièces étaient alors des célébrations religieuses en l’honneur de Dionysos, Dieu des arts, de la fête. Du vin, de l’ivresse.

[Prologue] L’ivresse

Décor et contexte. Dimanche 12 avril 2026. Le rideau rouge s’ouvre, une dernière fois, sur un décor médiévalo-Hamlet, pas de camelote. Je prends la main de ma voisine, de mon voisin. Je m’avance. Paillettes sur les yeux, dans les yeux. Spots dans la face, quasi aveuglée. Je ne vois pas la salle, mais je l’entends. J’entends les olés, les bravos, les applaudissements.

Salut. Applaudissements. Salut. Le rideau tombe. L’adrénaline retombe. Derrière, ça se bécote, ça s’étreint. « Quel spectacle, félicitations à toutes et à tous ! » Le succès est collectif, partagé entre seize acteurs et actrices, tous amateurs et amatrices. Et une cinquantaine de bénévoles, des décors à la régie, en passant par les entrées. Au milieu de tout ce beau monde, moi mon rôle, c’est de faire la communication, et une apparition éclair cette année sur les planches.

 

Sortie de scène à L'Arrache Rire.

© Pauline Roussel

Sortie de scène. On retourne dans les coulisses, encore chargées d’odeur de laque et tapissées de nos fringues en vrac. Dans le brouhaha, les rires, les pleurs et la joie, on célèbre cette dernière représentation à Maure-de-Bretagne. La dernière de douze dates complètes. Cette saison, près de 3 000 spectateurs et spectatrices sont venu·es nous voir jouer la comédie. C’est plus de deux fois la population de Pancé, commune fief de notre troupe de théâtre bien nommée L’Arrache Rire, où on a joué dix des douze dates. Et c’est pas que tchi. 

Sortie de coulisses. Comme après chaque représentation, on va rencontrer ce public, une « petite coupette » à la main. Je suis ivre (de théâtre). Mais je suis aussi journaliste. Alors, j’observe et me demande : comment et pourquoi le théâtre amateur, bien connu de nos campagnes bretonnes, embarque autant les gens, bénévoles comme public ?

Personnages et distribution. Campée dans mon rôle de journaliste, entre ce soir-là et les jours qui ont suivi, j’ai sondé pas moins d’une centaine de personnes pour tenter de comprendre les raisons du succès de notre troupe amateur — et d’autres, par ailleurs. Car on n’est pas la seule « dans le coin »

Dans les coulisses de L'Arrache Rire.

© Pauline Roussel

« Dans le coin », c’est les Vallons de Vilaine, pays au sud de Rennes d’une soixantaine de communes et de 220 000 habitants et habitantes. Là, un collectif, Le P’tit Souffleur, regroupe quatorze troupes autonomes portées par 250 bénévoles. Elles jouent 100 spectacles chaque saison, dans une vingtaine de bourgs. L’Arrache Rire en est. Et si notre troupe connaît un succès populaire tous les ans, jusqu’à faire salles combles, d’autres aussi. À Guichen, par exemple, Le Pied en coulisses « draine chaque année 5 000 spectateurs et spectatrices sur 18 représentations », savoure son président, Jean-Joseph Chevalier, dit Jean-Jo.

Au total, les quatorze troupes attirent 22 000 personnes. Souvent, dans des salles polyvalentes aux scènes improvisées. Sauf dans les cantons bien lotis comme Maure-de-Bretagne. Ici, c’est une vraie salle de spectacle. Et là, actuellement, je suis dans le hall.

[Acte I] Rires, gloire et théâtre

L’appel du rire. Ma fameuse coupette à la main, je me faufile entre les spectateurs et spectatrices agglutiné·es entre le bar et la sortie. Je me poste au milieu de la foule, et j’attends. J’entends : « C’était vraiment trop drôle ! ‘Sont forts hun ! » Je décale vers le livre d’or de la troupe et lis à la volée : « Un moment de détente et de vie », « Du rire, des larmes et beaucoup de bonheur », « Continuez ainsi, vous nous faites du bien ». Ces mots font échos à ceux de Nathalie Aoulou, habitante de Pont-Péan, spectatrice chevronnée de L’Arrache Rire : « Ce que je recherche quand je vais voir une pièce, c’est rire. Je veux sortir de là légère, pas plombée. »

Début de l'acte I, Jean III.

Béatrice Le Clanche, présidente de L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Voici l’un des arguments stars quand je demande « Pourquoi vous êtes là ? » : rire, se distraire. S’extraire du « quotidien », voire de « la morosité ambiante ». Nul besoin de didascalie. Mais de toutes mes causeries, j’ai appris que le besoin de s’évader, que ce soit par le rire ou une autre émotion, à lui seul, ne fait pas tout. Il faut bien s’évader. Dans les retours que je collecte çà et là, une réplique revient : la qualité du jeu joue pour beaucoup dans la fidélité des spectateurs et spectatrices à L’Arrache Rire.

Plaisir de jouer, joie de recevoir. Je repense à cette tête blanche qui s’emballe à la sortie de la pièce auprès de ses proches : « Les décors ? Vous avez vu les décors ? Époustouflants ! » Ou encore, à cette jeune (il y en a aussi !) qui commente en critique d’art : « J’ai trop aimé la mise en scène et toutes les références à la pop culture glissées dans le texte ! Ça donne une dimension plus moderne à la pièce. » 

Je repense au retour de Danielle, « fan de théâtre amateur », qui a vu pas moins de vingt pièces cette année, dont « un grand spectacle » avec L’Arrache Rire. À toutes ces comparaisons aux professionnel·les, comme l’a fait Nathalie : «  Avec vous, je ne suis jamais déçue. Vous n’avez rien à envier aux pros. »

Fin de l'acte I, Jean III.

Acte I, Jean III, par L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Bon, tout cela c’est bien flatteur, mais c’est surtout révélateur de ce qu’est le théâtre d’amateurs et amatrices selon l’Adec, maison du théâtre amateur en Ille-et-Vilaine : « Il s’agit d’une expérience d’un grand engagement : un loisir studieux, ouvert à l’autre, avec le désir de se représenter devant un public. » Et certaines troupes prennent cette définition au pied de la lettre.

« Ce qui est beau, c’est qu’on se rassemble autour d’un projet commun : offrir le meilleur spectacle possible à notre public. Il nous fait confiance, on le lui doit », clame Béatrice Le Clanche, présidente et actrice de L’Arrache Rire.

Cet engagement fait aussi vibrer Jean-Jo, le président et acteur de la troupe Le Pied en coulisses, déjà cité. « On se fait plaisir sur scène et les gens nous disent que ça se voit, que ça se transmet ! », lance l’homme pas fâché avec le bonheur. Sa troupe aussi est saluée pour la qualité de son jeu : « C’est ce qui fait dire à nos spectateurs : “On revient tous les ans parce qu’on aime bien ce que vous faites, et comment vous le faites”. » Le bouche-à-oreille, lui, se charge d’attirer les suivants et suivantes.

« Ce qui est beau, c’est qu’on se rassemble autour d’un projet commun : offrir le meilleur spectacle possible à notre public. Il nous fait confiance, on le lui doit. »

Béatrice Le Clanche
Présidente-comédienne de L’Arrache Rire

Créations plurielles et ouvertures culturelles. « Régulièrement mis à distance, méprisé ou bien gommé sous la nomination “pratique non-professionnelle” », l’Adec rappelle bien que « le théâtre des amateurs n’est “pas mieux, pas moins bien, il est différent” du théâtre professionnel. […] La pratique reste vivante parce que tous ces théâtres se croisent, se répondent ; les différences ne les opposent pas, mais les nourrissent. » À l’image de L’Arrache Rire, qui a déjà eu des metteurs en scène professionnels. Et tout comme il existe des théâtres, il existe de multiples façons de pratiquer en amateur.

Interlude acte II, Jean III.

Acte II, Jean III, par L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Le théâtre amateur n’est pas un tout homogène, chaque troupe a son identité. À L’Arrache Rire, on est justement plutôt branché·es répertoire pro. « On choisit des pièces qui ont déjà été éprouvées, avec cette volonté qu’elles soient accessibles, pas élitistes mais exigeantes, et toujours dans le respect de nos valeurs », déroule Béatrice. Alors, on joue du Agatha Christie, du Feydeau, du Fenwick, ou encore du Sacha Guitry comme cette année avec Jean III ou l’irrésistible vocation du fils Mondoucet. L’histoire d’un jeune persuadé d’être fait pour le théâtre, malgré son manque évident de talent et une motivation pas si désintéressée. Une pièce en trois actes, trois décors, qui (je vous rassure) tranche avec la réputation misogyne de l’auteur. 

À Guichen, on joue « des comédies contemporaines pures », résume Jean-Jo. Non loin de là, à Pont-Péan avec Les Arts Maniaques, on fait dans le registre dramatique. Ailleurs, on écrit ses propres pièces… Enfin, le théâtre amateur est un lieu de créations aussi variées que les publics attirés. Il est populaire en ce sens qu’il ne s’adresse pas qu’aux amoureux et amoureuses du théâtre. Beaucoup s’ouvre à cet art grâce aux scènes locales.

[Entracte] Un théâtre légitime

Faire confiance. « Les pratiques d’amateurs et d’amatrices, très présentes dans les territoires, permettent de démocratiser la culture auprès du plus grand nombre. Il faut leur faire confiance, et pour cela il faut faire confiance en la diversité culturelle », défend Pierre-Marie Georges. Responsable stratégie au sein de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), il est également docteur en géographie et ruraliste. 

Son angle d’attaque : « ruraliser l’approche de la culture ». C’est-à-dire, observer et considérer les dynamiques culturelles propres aux territoires ruraux. Décaler le regard là où, aujourd’hui, « il y a une forme d’angle mort dans les approches académiques classiques qui tendent à ne s’intéresser qu’à la culture institutionnelle. » Ces approches alimentent un récit culturel dominant, qui oublie la culture associative. Et efface 88 % du territoire national. Et ça, ce n’est jamais bon (euphémisme) pour le sentiment de légitimité. 

Grand moment de l'acte II, Jean III.

Acte II, Jean III, par L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Pour le territoire, par le territoire. En ville, une partie de la culture passe par les institutions. En campagne, beaucoup moins. Déjà, parce qu’elles sont loin, ces institutions. « L’aménagement culturel du territoire s’est fondé sur une hiérarchie urbaine : les grands centres dramatiques et les scènes conventionnées sont concentrés dans les villes », développe le ruraliste. Alors forcément, quand on n’habite pas la porte d’à côté, se pose la question de l’accessibilité. 

« Les pratiques d’amateurs et d’amatrices, très présentes dans les territoires, permettent de démocratiser la culture auprès du plus grand nombre. »

Pierre-Marie Georges
Géographe ruraliste

Mais les envies et les attentes culturelles, elles, ne disparaissent pas avec les kilomètres, et « il faut les assouvir ». Alors, dans les campagnes d’autres relais se créent, comme des institutions organiques. Les troupes, les associations. Pour proposer cette proximité et répondre « aux demandes légitimes des ruraux et rurales à pouvoir pratiquer et aller au théâtre ». Ainsi plébiscité et ancré, le théâtre populaire n’est pas secondaire.

Le metteur en scène Jean Vilar n’a-t-il pas dit : « L’art du théâtre prend toute sa signification que lorsqu’il parvient à assembler et unir » ? Et cela fait belle lurette que celles et ceux qui habitent les campagnes s’allient, s’associent. S’engagent pour faire culture et réunir. Ce qui explique, aussi, l’attachement des populations aux pratiques du théâtre amateur.

[Acte II] Ancrage et héritage local

Mémoires collectives. « Né ici, d’un pari entre copains, là, d’une activité de patronage disparu, ou ailleurs de la volonté d’une municipalité éclairée, le théâtre amateur fait aujourd’hui partie de notre patrimoine culturel rural. » Là, c’est Jean-Yves Jolivel qui donne la réplique. Habitant de Pancé, il est le président-fondateur du P’tit Souffleur, le collectif des troupes des Vallons de Vilaine présenté dans le prologue de ce récit, et l’ancien président de L’Arrache Rire. 

Acte II, Jean III.

Acte II, Jean III, par L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Dans le premier édito du collectif, qui publie depuis sa création en 2005 une revue annuelle présentant toutes les pièces jouées par ses membres, il écrit : « Bien malin qui pourrait dater avec précision la naissance de telle troupe ou donner avec exactitude le nom de son initiateur, tant, dans nos petites communes, le théâtre amateur fait partie de nos mémoires collectives. » 

Théâtre amateur pur beurre. J’épluche des archives. Selon un article intitulé La Bretagne, terre de théâtre de L’Ouest en mémoire (INA) : « Dès le XIXe siècle, on trouve trace de troupes amateurs en Bretagne. Dans le monde rural comme en ville, les Bretons se plaisent à pratiquer le théâtre. » Il se cultive comme un art du partage autant que du divertissement. 

Dans les années 1930, la Jeunesse agricole catholique (JAC), très implantée dans la région, en fait même un outil d’émancipation et d’expression pour les paysans et paysannes. Et puisqu’on parle de la JAC, l’organisation se sert aussi du théâtre pour répandre sa vision de la modernité. 

Les dames au chapeau vert, pièce jouée en 1944 à Pancé. © Archives L’Arrache Rire

Les Dames au chapeau vert, pièce jouée en 1944 à Pancé. © Archives L’Arrache Rire

Je dépoussière des photos. À Pancé, dès 1944, on joue au théâtre entre habitants et habitantes. C’est en 1984 que l’association telle qu’on la connaît aujourd’hui est créée. À Guichen, la troupe existe depuis 1934, sous l’égide de l’Amicale laïque, organisation dont elle prend son indépendance en 2002. En fin de compte, entre les années soixante et deux mille, « certaines troupes cherchent à s’émanciper clairement de la tradition du théâtre de patronage […]. L’engagement du citoyen dans une activité artistique est au cœur du projet ».

La Maison du printemps, pièce jouée en 1984 à Pancé, année de création de L’Arrache Rire.<br />
© Archives L’Arrache Rire

La Maison du printemps, pièce jouée en 1984 à Pancé, année de création de L’Arrache Rire. © Archives L’Arrache Rire

Aujourd’hui, la Bretagne compte 750 troupes d’amateurs et amatrices, représentant quelque 7 500 pratiquants et pratiquantes. L’Ille-et-Vilaine, à elle seule, en recense 280. Des plus anciennes aux plus récentes, toutes participent à façonner des rituels, des routines culturelles ancrées dans le paysage rural, pour les bénévoles comme le public. C’est en partie pour aider à entretenir cette vitalité théâtrale que Jean-Yves a fondé Le P’tit Souffleur. 

Partager l’héritage. Dans un questionnaire diffusé auprès du public de L’Arrache Rire, une centaine de spectateurs et spectatrices ont répondu que s’ils et elles viennent nous voir, c’est principalement par attachement à la troupe. Et la moitié des répondants et répondantes connaît un ou des membres de l’association. « Quand les troupes sont ancrées depuis longtemps dans leur localité, il est plus facile pour elles de remplir les salles. Elles portent et transmettent un héritage. Elles embarquent les enfants des enfants, les amis des amis… », analyse Jean-Yves.

« Dans nos petites communes, le théâtre amateur fait partie de nos mémoires collectives. »

Jean-Yves Jolivel
Fondateur du P’tit Souffleur

Or, « pour les jeunes troupes, ça peut être plus compliqué de rameuter du monde ». Le P’tit Souffleur répond aux besoins concrets de ces associations : s’entraider, être visible. Et partager l’héritage. Pour illustrer, un peu plus de la moitié des cent personnes qui ont répondu au questionnaire de L’Arrache Rire flirte avec d’autres scènes locales.

Acte III, Jean III.

Acte III, Jean III, par L’Arrache Rire. © Pauline Roussel

Toutefois, même pour les vieilles troupes, il y a un enjeu. « Si nombreux sont les amateurs avertis à fréquenter nos salles, beaucoup d’autres ignorent même jusqu’à l’existence de ces spectacles vivants donnés à leur porte », dixit Jean-Yves. Alors oui, succès, mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. 

Intégration locale. D’autant plus quand on (re)connaît le rôle des troupes de théâtre amateur dans les territoires. Comme toute association qui anime les bourgades, elles sont des « leviers de mobilisation », pour reprendre les termes du ruraliste Pierre-Marie Georges. Et des leviers d’intégration.

Fin de l'acte III, Jean III.

Acte III, Jean III, par L’Arrache Rire. © Benjamin Rullier

« Quand je me suis installée en 1996 à Pancé, se remémore Béatrice, Annie Delaunay, la metteuse en scène de L’Arrache Rire est venue toquer à ma porte. Elle m’a dit que, si je voulais m’intégrer dans la commune, je devais rejoindre une association. Elle m’a ainsi proposé de devenir bénévole au sein de la troupe. »

« Traditionnellement, on offre également une place de théâtre aux nouveaux Pancéens et aux nouvelles Pancéennes », glisse l’actuelle présidente de L’Arrache Rire. D’ailleurs, on peut se le dire maintenant, c’est aussi ma belle-mère. Cela fait quatre ans que son fils m’a embarquée dans cette aventure collective avec la volonté de m’intégrer « à sa grande famille ».

[Epilogue] Rôle social

Spectacle bien vivant. À L’Arrache Rire, après la scène, les coulisses et la foule, il y a le repas entre bénévoles. Et la fête. À se marrer, chanter, danser jusqu’à pas d’heure pour celles et ceux qui aiment les grands rôles. C’est une bulle de bonheur.

Et avant même de monter sur scène, il y a les répétitions, deux fois par semaine pendant la moitié de l’année. Alors, on se rencontre beaucoup et on fait l’expérience de l’altérité. Le théâtre amateur est un espace collectif, ouvert, pluriel.

Car si l’on partage un commun — le théâtre —, des liens amicaux, parfois familiaux, il n’en reste pas moins que la troupe est composée d’une cinquantaine de personnes. Et d’autant de visions du monde, qui se mélangent et échangent. On ne se voit pas seulement pour jouer. On se pose, on cause.

La troupe de L'Arrache Rire, 2026.

© Pauline Roussel

Pour finir la pièce, je me suis gardée une définition du théâtre amateur sous le costume. Elle est tirée du bouquin Le Théâtre des amateurs et l’expérience de l’art (éditions de l’Entretemps). Cette pratique y est décrite comme « un espace autonome de culture, d’invention, de liberté, d’élaboration de points de vue portés sur le monde, de recherche d’exigence, de créativité, de citoyenneté, de sociabilité et de convivialité ».

Préserver les théâtres du coin. Et ça, ça dépasse la scène et le cercle des bénévoles. À L’Arrache Rire, l’ambiance compte beaucoup, avec cette volonté que le public passe un bon moment à la fois humain et artistique.

Le théâtre amateur est ainsi fédérateur. C’est un théâtre proche, complice de son public. Il met en mouvement les relations dans les communes, en invitant les habitants et habitantes à se rassembler autour d’un objet culturel. À entrer dans une salle où l’on peut encore se croiser, souvent se saluer, parfois se lier. Les théâtres locaux, au même titre que les cafés du coin, sont des endroits à préserver pour continuer de faire société.

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